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Télétravail, continuité pédagogique, surcharge mentale
Publié le 24 mars 2020 | SNUDI-FO 27

La "continuité pédagogique" voulue par le ministère génère des situations préoccupantes sur lesquels les collègues nous alertent.

En effet, dans l’Education nationale, l’absence d’un cadrage clair en direction des personnels sur le présentiel comme sur le télétravail, ainsi que les tentatives de déroger aux prérogatives statutaires placent les personnels dans des situations parfois à la limite du supportable.

Ce message a pour objectif de fournir les outils aux collègues pour se protéger de la surcharge mentale qui menace tous ceux soumis à la pression de la continuité pédagogique.

Vous trouverez, en fin de ce message, un éclairage réglementaire sur les diverses demandes faites à de nombreux collègues, y compris celle de se transformer en plate-forme d’appel pédagogique.

Que constate-t-on depuis une semaine ?

Les enseignants ont le souci de faire réussir leurs élèves et de veiller à ce qu’ils continuent le travail scolaire. Ils y déploient une énergie sans limite et expérimentent des pratiques dont ils découvrent progressivement les écueils.
Ainsi les salles des maîtres ont été remplacées par des fils de discussion où les collègues exposent leurs difficultés face à une technique à la fois prometteuse et en même temps incapable de remplacer le face à face pédagogique.

D’un côté, le Ministère et les IEN multiplient les injonctions paradoxales et soumettent les personnels à une double pression : celle de l’institution et celle des parents d’élèves.

Leur demander d’appeler les élèves, en plus de fournir des travaux par internet, c’est ajouter de la pression à la pression. Mais c’est aussi exposer les personnels à des atteintes à leur vie privée. La limite entre la sphère professionnelle et privée s’abolit et l’enseignant ou l’AESH se retrouve rapidement à disposition sans limitation de durée.

De l’autre côté, les collègues se mettent la pression entre eux. Les uns culpabilisent de ne pas maîtriser toutes les subtilités des plateformes d’apprentissage, ou de ne disposer que d’un seul ordinateur à la maison. Pour assurer la continuité pédagogique, ils doivent doubler leur journée de garde d’enfant par de longues soirées de télétravail.
Les autres, qui maîtrisent la technique et bénéficient de connexions de qualité, ou encore qui sont persuadés que leurs élèves sont capables de travailler à la maison comme en classe, sont aspirés dans une surenchère qui contribue à accroître la pression générale.

Les enseignant(e)s confiné(e)s avec leurs enfants sont soumis(e)s tout particulièrement à cette double contrainte. Une majorité connaissait déjà la double journée de travail : la journée professionnelle et la journée domestique. Auparavant successives, elles sont désormais simultanées. Concilier le souci de faire réussir ses propres élèves, garder ses enfants à la maison, prendre en charge les cours en plus des devoirs de ses enfants, assurer les tâches domestiques… et la pression sur les personnels devient très vite insupportable.
Alors, demander en plus à l’enseignant de se transformer en hotline pédagogique, c’est un aller direct vers le burn out.

Les ministres nous payent de mots

Le ministre Blanquer ou les IEN peuvent multiplier les remerciements et les félicitations, il n’a en fait rien d’autre à nous fournir.

Il nous juge soudain tous "excellents" alors qu’avec PPCR, lui-même et les DASEN n’hésitaient pas à décréter que seuls 30 % d’entre nous méritaient d’être évalués comme tels lorsqu’il s’agissait d’établir un tableau de promotion et d’augmenter les salaires.

Le même qui nous envoyait les CRS et la police pour faire passer les E3C, qui parlait de ces opposants à la réforme des retraites comme d’une minorité radicale, ne tarit plus d’éloge à notre égard !

Comme le ministre de la santé avec les personnels hospitaliers, il nous juge excellents parce que cela ne lui coûte rien et parce qu’au contraire il a besoin de notre matériel pour assurer la continuité pédagogique sans pour autant nous fournir le minimum nécessaire à notre protection !

Ainsi il est incapable de garantir aux collègues qui se portent volontaires pour accueillir les enfants des personnels soignants qu’ils pourront disposer de masques de protection, de gants, ou du gel hydro-alcoolique !

Mise en demeure par FO de les fournir à ces personnels, la conseillère sociale du ministre répond : " Il n’y aura pas de masques. Là je m’appuie sur les préconisations du ministère de la santé. Les masques ne sont pas forcément nécessaires. L’application des gestes barrières demeure la mesure la plus efficace pour freiner la diffusion du virus. »

Résultats, les IEN et les chefs d’établissement dans le 2nd degré se voient contraints de demander aux personnels de mettre à disposition de l’Education nationale leur propre matériel informatique ou/et téléphonique, ainsi que leurs forfaits parce que les réseaux informatiques de l’Education nationale sont sous-dimensionnés par rapport à la demande.

Le parallèle avec l’hôpital vient forcément à l’esprit. A force de réduire les moyens matériels et humains, quand la catastrophe arrive, il n’y a même plus de masques pour protéger les soignants, ni de lits pour accueillir les malades, pendant ce temps, les élèves sont devant des écrans qui affichent "erreur 404".

Les remerciements du ministre ne l’autorisent pas pour autant à bafouer les statuts et le Code du travail au nom de la crise sanitaire.

Soyons clairs.

Il est capital de se protéger de l’épuisement professionnel, tout comme il est important de protéger les soignants.

Si ces derniers sont malades, qui soignera les malades ? Si les enseignants ne sont plus en état physique et psychologique de résister à la pression ambiante, d’assurer un suivi de leurs élèves, de s’occuper de leurs propres enfants, qui s’occupera de leurs enfants ? Qui s’occupera de leurs élèves ?

Il est temps de mettre un frein à la pression exercée sur les familles et sur les enseignants pour ne pas rendre l’école encore plus inégalitaire.
En effet, certaines familles n’ont pas accès ou difficilement accès à une connexion. Elles aussi sont tiraillées entre la volonté d’aider leurs enfants et la difficulté d’accéder aux travaux envoyés par les enseignants.

De la situation que nous vivons, il ressort qu’il est illusoire de vouloir remplacer le face à face pédagogique par l’enseignement à distance malgré tout l’intérêt et toute l’inventivité que ce dernier peut comporter.

Ce qui est certain, c’est que l’on ne meurt pas d’avoir raté des cours.

La priorité, ce n’est pas la continuité pédagogique. C’est d’enrayer la crise sanitaire, de protéger les collègues et de ne pas les exposer à un épuisement professionnel massif.

FO rappelle que l’employeur est tenu à une obligation de protection de ses agents.
Les circonstances n’autorisent en rien à les exposer à des risques supplémentaires.

Le syndicat agit, il reste en contact avec vous de la manière la plus appropriée possible, il conseille et s’adapte à la situation.
Il intervient à tous les niveaux.

Contactez-nous, le syndicat interviendra pour faire respecter vos droits.

De nombreux adhérents nous posent la question suivante : "j’assure déjà un suivi des élèves par télétravail, peut-on en plus m’imposer d’appeler les élèves et les parents d’élèves avec mon téléphone personnel" ?

Non.
Cela entre dans le cadre du télétravail.

FO rappelle que celui-ci est réglementé. Il repose sur plusieurs conditions :

1) le volontariat de l’agent : car selon l’article 5 du décret : « L’exercice des fonctions en télétravail est accordé sur demande écrite de l’agent. »

2) certaines modalités d’organisation, jours de la semaine travaillés, lieux d’exercice : selon ce même article 5, c’est à l’agent de les préciser (et non à sa hiérarchie), si, et seulement, s’il est volontaire. L’établissement ne peut vous imposer un emploi du temps de télétravail.

3) si l’agent est volontaire : selon l’article 6, « l’employeur prend en charge les coûts découlant de l’exercice du télétravail » (matériel, logiciels, abonnements, communications, et outils de maintenance).

Autrement dit, aucune obligation de mettre à disposition, ni de dépasser son forfait de téléphone.

Personne ne vous le remboursera ! Ni les parents, ni le ministère, ni le rectorat, ni l’établissement.
De plus, nous alertons sur le risque de telles pratiques. Elles exposent les personnels à être appelés à n’importe quelle heure, voire à subir harcèlements et pressions diverses. Elles portent atteinte à leur vie privée. Cela constitue un dangereux précédent.

Comuniqué FNEC télétravail

Les revendications des personnels ne seront pas en quarantaine !

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